Migrer un site web vers un nouvel hébergeur, c’est un peu comme déménager : mal préparé, on casse des cartons et on perd des affaires. Bien organisé, tout se passe sans que personne ne remarque quoi que ce soit. Après avoir accompagné plus de 200 migrations en tant que consultante infra, je vous livre la méthode que j’applique systématiquement — celle qui garantit zéro coupure.
Pourquoi migrer d’hébergeur ?
Avant de foncer tête baissée, posez-vous la question : pourquoi migrer ? Dans mon expérience, les raisons légitimes sont toujours les mêmes :
- Performances insuffisantes : un TTFB qui dépasse les 500 ms, des temps de chargement qui plombent vos Core Web Vitals
- Support inexistant : tickets sans réponse pendant 48 h, chat bot inutile
- Tarifs qui explosent : le prix d’appel à 2,99 €/mois qui passe à 12 €/mois au renouvellement
- Limitations techniques : pas de SSH, version PHP obsolète, pas de HTTP/2
- Fiabilité douteuse : uptime sous les 99,9 %, pannes répétées
Si vous hésitez encore sur le choix de votre futur hébergeur, consultez notre comparatif des meilleurs hébergeurs web pour identifier la solution adaptée à vos besoins.
Checklist pré-migration : les 8 points à vérifier
Avant de toucher quoi que ce soit, préparez le terrain. Voici la checklist que j’utilise pour chaque migration client :
| Étape | Action | Vérifié |
|---|---|---|
| 1 | Sauvegarder l’intégralité du site (fichiers + base de données) | ☐ |
| 2 | Noter les configurations serveur actuelles (PHP, extensions, cron jobs) | ☐ |
| 3 | Vérifier la compatibilité du nouvel hébergeur (versions PHP, MySQL, modules) | ☐ |
| 4 | Relever les enregistrements DNS actuels (A, CNAME, MX, TXT) | ☐ |
| 5 | Vérifier la date d’expiration du nom de domaine | ☐ |
| 6 | Réduire le TTL DNS à 300 secondes (48 h avant la migration) | ☐ |
| 7 | Lister les adresses e-mail hébergées (si applicable) | ☐ |
| 8 | Informer votre équipe de la fenêtre de migration prévue | ☐ |
Astuce de pro : la réduction du TTL DNS est l’étape que tout le monde oublie. En passant de 86400 secondes (24 h) à 300 secondes (5 min), vous accélérez considérablement la propagation lors du basculement. J’ai vu des migrations « échouer » simplement parce que le TTL était encore à 24 h — le client voyait l’ancien site pendant des heures.
Méthode pas-à-pas : la migration en 6 étapes
Étape 1 : Sauvegarde complète de l’ancien hébergement
Ne faites jamais confiance aux sauvegardes automatiques de votre hébergeur. Créez vos propres sauvegardes :
Pour les fichiers :
- Connectez-vous en FTP/SFTP et téléchargez l’intégralité du répertoire
public_htmlouwww - Si vous avez un accès SSH :
tar -czf backup-site.tar.gz /var/www/html/
Pour la base de données :
- Via phpMyAdmin : exportez en format SQL compressé
- Via SSH :
mysqldump -u user -p database > backup-db.sql
Pour les e-mails (si hébergés au même endroit) :
- Exportez via un client IMAP (Thunderbird fait très bien le travail)
Conservez ces sauvegardes en local ET sur un service cloud (Google Drive, Dropbox). Deux copies minimum. J’ai déjà vu un disque dur externe lâcher pendant une migration — croyez-moi, la redondance n’est pas un luxe.
Étape 2 : Configuration du nouvel hébergeur
Avant de transférer quoi que ce soit, préparez l’environnement :
- Créez votre compte sur le nouvel hébergeur
- Configurez la version PHP identique à l’ancienne (ou supérieure si votre CMS le supporte)
- Activez les extensions PHP nécessaires (curl, gd, mbstring, xml, zip…)
- Créez la base de données avec un utilisateur dédié
- Configurez le certificat SSL — la plupart des hébergeurs proposent Let’s Encrypt gratuitement
Pour les utilisateurs WordPress, notre guide sur l’optimisation de la vitesse WordPress détaille les configurations serveur optimales.
Étape 3 : Transfert des fichiers et de la base de données
Transfert des fichiers :
- Pour les petits sites (< 500 Mo) : SFTP classique avec FileZilla
- Pour les gros sites : SSH + rsync pour un transfert résistant aux coupures
rsync -avz --progress /backup/ user@newserver:/var/www/html/
Import de la base de données :
- Via phpMyAdmin : importez le fichier SQL
- Via SSH :
mysql -u user -p database < backup-db.sql
Mise à jour de la configuration :
- Modifiez le fichier de connexion à la base de données (
wp-config.phppour WordPress,.envpour Laravel, etc.) - Remplacez l’ancien host, user, password et nom de base par les nouveaux
Étape 4 : Test sur le nouvel hébergeur AVANT le basculement DNS
C’est l’étape cruciale que beaucoup sautent. Testez votre site sur le nouvel hébergeur sans toucher aux DNS :
Méthode du fichier hosts : modifiez votre fichier
hostslocal pour pointer votre domaine vers la nouvelle IP- Windows :
C:\Windows\System32\drivers\etc\hosts - Mac/Linux :
/etc/hosts - Ajoutez :
123.456.789.0 monsite.fr
- Windows :
URL temporaire : beaucoup d’hébergeurs fournissent une URL provisoire (type
monsite.hebergeur.com)
Vérifiez que tout fonctionne : pages, formulaires, e-commerce, redirections, certificat SSL. J’insiste sur les formulaires de contact — c’est le premier truc qui casse après une migration parce que les chemins SMTP changent.
Étape 5 : Basculement DNS
Une fois les tests validés, c’est le moment du basculement :
- Connectez-vous à votre registrar (là où le nom de domaine est enregistré)
- Modifiez les enregistrements DNS :
- Record A → nouvelle IP du serveur
- Record CNAME (si applicable) → nouveau hostname
- Records MX → nouveaux serveurs mail (si changement)
- Conservez les records TXT (SPF, DKIM, DMARC) pour l’authentification e-mail
| Type | Nom | Ancienne valeur | Nouvelle valeur |
|---|---|---|---|
| A | @ | 91.121.xxx.xxx | 185.31.xxx.xxx |
| CNAME | www | ancien.hebergeur.com | nouveau.hebergeur.com |
| MX | @ | mail.ancien.com | mail.nouveau.com |
Si vous n’êtes pas à l’aise avec la gestion DNS, notre guide complet sur les noms de domaine vous explique chaque type d’enregistrement en détail.
Propagation : avec un TTL à 300 secondes, la majorité des visiteurs verront le nouveau site en 15-30 minutes. La propagation mondiale complète peut prendre jusqu’à 48 h, mais c’est rare.
Étape 6 : Vérifications post-migration
Dans les 24 h suivant le basculement :
- ✅ Testez toutes les pages critiques (accueil, contact, pages produits)
- ✅ Vérifiez le certificat SSL (
https://sans avertissement navigateur) - ✅ Testez l’envoi et la réception d’e-mails
- ✅ Vérifiez les performances avec Google PageSpeed Insights
- ✅ Contrôlez Google Search Console pour détecter d’éventuelles erreurs d’exploration
- ✅ Remontez le TTL DNS à sa valeur normale (3600 ou 86400 secondes)
Les 5 erreurs fatales que je rencontre le plus souvent
Après des centaines de migrations, certaines erreurs reviennent en boucle :
1. Ne pas sauvegarder avant de résilier l’ancien hébergement J’ai eu un client qui a résilié son hébergement OVH avant d’avoir fini la migration vers Hostinger. Résultat : perte de 3 ans d’e-mails. Gardez l’ancien hébergement actif au minimum 2 semaines après la migration.
2. Oublier les tâches cron Si votre site utilise des tâches planifiées (envoi de newsletters, nettoyage de cache, sauvegardes automatiques), pensez à les reconfigurer sur le nouvel hébergeur.
3. Négliger les redirections 301 Si l’URL de votre site change (même légèrement), configurez des redirections 301 pour préserver votre référencement. Un oubli ici peut coûter des mois de SEO.
4. Ignorer la configuration e-mail Si vos e-mails sont hébergés au même endroit que votre site, la migration impacte aussi votre messagerie. Prévoyez la migration des boîtes mail en parallèle.
5. Migrer un vendredi soir Règle d’or en infra : on ne déploie jamais le vendredi. Si quelque chose tourne mal, vous voulez avoir le support technique disponible — et la plupart des hébergeurs ont un support réduit le week-end. J’ai testé pour vous : le support de Ionos un samedi matin, c’est 45 minutes d’attente.
Cas particulier : migration WordPress
WordPress représente environ 60 % des migrations que je gère. Quelques spécificités :
- Plugin de migration : Duplicator Pro ou All-in-One WP Migration simplifient énormément le processus
- Rechercher-remplacer : après l’import, utilisez WP-CLI pour remplacer les URLs dans la base :
wp search-replace 'ancien-url.com' 'nouveau-url.com' - Permaliens : allez dans Réglages > Permaliens et cliquez sur « Enregistrer » pour régénérer le
.htaccess
Pour aller plus loin sur l’optimisation de votre WordPress après migration, consultez notre article sur les meilleurs hébergeurs WordPress.
Quel hébergeur choisir pour faciliter la migration ?
Certains hébergeurs proposent une migration gratuite et assistée :
| Hébergeur | Migration gratuite | Assistance technique | Délai moyen |
|---|---|---|---|
| o2switch | Oui (illimité) | Téléphone FR | 24-48 h |
| Infomaniak | Oui (1 site) | Téléphone FR | 24 h |
| Hostinger | Oui (1 site) | Chat 24/7 | 48-72 h |
| PlanetHoster | Oui (illimité) | Chat + téléphone | 24-48 h |
| OVHcloud | Non | Ticket uniquement | — |
Dans mes benchmarks, o2switch et Infomaniak offrent le service de migration le plus fluide. Le support téléphonique français fait toute la différence quand il y a un pépin en pleine migration.
Si vous hésitez entre mutualisé et VPS pour votre nouveau serveur, notre comparatif hébergement mutualisé vs VPS vous aidera à trancher.
FAQ
Combien de temps dure une migration de site web ?
Pour un site vitrine classique, comptez 2 à 4 heures de travail effectif. La propagation DNS peut ajouter quelques heures. Pour un site e-commerce avec une grosse base de données, prévoyez une journée complète. Dans ma pratique, je bloque toujours une demi-journée pour un site standard.
Est-ce que la migration impacte le référencement ?
Si elle est bien faite, non. Les clés : conserver les mêmes URLs, configurer les redirections 301 si nécessaire, et vérifier Google Search Console dans les jours qui suivent. J’ai migré des sites avec 50 000 pages indexées sans perdre une seule position — tout est question de méthode.
Peut-on migrer un site sans accès FTP à l’ancien hébergeur ?
C’est plus compliqué mais pas impossible. Si vous avez un CMS comme WordPress, utilisez un plugin de sauvegarde (UpdraftPlus, BackWPup) pour générer une archive téléchargeable. Si vous n’avez aucun accès, contactez le support de l’ancien hébergeur — ils sont légalement tenus de vous fournir vos données.
Faut-il changer de registrar en même temps que d’hébergeur ?
Non, et je le déconseille même fortement. Faites une chose à la fois. Migrez d’abord le site, stabilisez, puis transférez le domaine si nécessaire. Changer les deux en même temps multiplie les risques de coupure. Pour tout savoir sur la gestion de votre domaine, consultez notre guide complet sur les noms de domaine.
Que faire si le site ne fonctionne plus après la migration ?
Pas de panique. Vérifiez dans l’ordre : les DNS (ont-ils bien propagé ?), la base de données (connexion OK ?), les permissions de fichiers (755 pour les dossiers, 644 pour les fichiers), et le fichier de configuration du CMS. Si rien ne marche, rebasculez les DNS vers l’ancien hébergeur (c’est pour ça qu’on le garde actif).
Conclusion
La migration d’un site web n’a rien de sorcier quand on suit une méthode rigoureuse. La clé, c’est la préparation : sauvegardez tout, testez avant de basculer, et gardez l’ancien hébergement actif comme filet de sécurité. En 10 ans de consulting, je n’ai jamais eu de perte de données chez un client qui suivait cette méthode.
Si vous êtes en train de chercher votre prochain hébergeur, prenez le temps de consulter notre guide pour bien choisir son hébergeur web — c’est la première étape avant toute migration réussie.

